MÉMOIRE 1
Pièce est en cour d’écriture

La proposition originale de ce spectacle est sa représentation en boucle.
On ouvre la porte du théâtre à 18h, on ferme à minuit (par exemple).
La durée d’une interprétation est de 1h.
Il y a 2 équipes d’interprétation qui se succèdent et enchaînent sans interruption jusqu’à l’heure de fin prévue initialement quel que soit l’endroit où nous en sommes dans le texte.
Il en va ainsi de la modernité qui permet à quiconque d’arriver quand il veut (ainsi nous supprimons l’arrivée en retard), de sortir quand il veut de revenir voir, une heure après une mal compréhension, ... . Le spectateur peut même appeler ses amis pour qu’ils le rejoignent. Nous vérifierons l'instantanéité du bouche à oreille.
L’organisateur se devra de mettre à disposition une collation.

C’est aussi la proposition pédagogique de 2 interprétations d’un même texte dans la stricte même mise en scène.


Le projet d’écriture :

c’est parce que j’ai depuis longtemps l’envie d’interpréter Krapp dans “la dernière bande“ de Samuel Beckett qu’à force, je me rend compte que c’est écrire ma propre
“ dernière bande“ qui anime le désir.
De quoi est-il question ?
Chez Beckett, Krapp, écrivain raté et clochardisé, soliloque en réécoutant une vieille bande magnétique, sorte de journal où il témoignait du bonheur de son amour et de sa rupture désolante. Confronté trente ou quarante ans plus tard au vide, il semble ne donner sens à sa vie qu'en se souvenant, avec nostalgie et dérision, dans un "monologue sentimental" des "beaux jours de bonheur indicible" qu'évoque Verlaine à la fin des Fêtes Galantes et que Beckett reprendra pour titre dans une œuvre célèbre. Les mots du passé survivent et témoignent : c'est à eux que se raccroche malgré tout le vieillard comme d'autres personnages beckettiens - Willie dans Oh ! les beaux jours, par exemple.
"J'ai aimé !" semble-t-il dire avec le romantisme du Perdican de Musset, dévoilant une face sous-estimée de Samuel Beckett que l'on réduit trop facilement au sentiment de l'absurde.

Pour nous, tout le procédé de la pièce confine, dans un unique lieu (faisant pressentir l’arrière boutique), au regroupement de bribes de la mémoire de la personne âgée.
C’est une mémoire patrimoniale, hasardeuse parfois, engagée sûrement, réactive forcément, chargée d’humour évidemment.
MÉMOIRE 1 ne prétend pas réécrire Beckett. Juste s’en inspirer pour le personnage, pour les éléments de mémoire enregistrés, la solitude de la vieillesse actuelle, l’ironie des situations, l’éternel recommencement comme un Sisyphe moderne, l’amour (bien sûr), les grognements générés par l’actualité mal digérée sortie du transistor, ...
Et puis, notre Krapp, ? , n’est pas seul.
Est-ce le fruit de l’imaginaire, d’un déraillement de malade, ou bien la réalité, il y a Lautre, une femme voisine, amante ou femme ou mère ou fille ou bonne ou... , spectre du lieu de cette mémoire vagabonde du héros.
Nous sommes à un moment clé dans le temps d’un passé qui se ressasse avec l’appréhension du futur proche, inéluctable et répétitif.
C’est pourquoi, au final, il faut que tout soit en ordre, au cas où, ... pour mieux recommencer de jeu de boucle à l’infini.



Note de mise en scène :

L’objet théâtre est mis en œuvre plastique : comme un mobile d’humains, que le spectateur visite à son gré, en temps choisi ou non.
L’écriture induit la mise en scène, à la méthode Beckett.
Le décor est un espace nu, limité par la lumière d’un éclairage d’une grosse lampe d’usine. Quelques meubles épars, arrangés. Au-dessous un ailleurs buanderie ou cave probable réserve pour le vin.
C’est l’univers du film “le paltoquet“ de Michel Deville qui nous inspire ici.
Les murs du théâtre sont nus, sauf le fond, lisière d’ailleurs d’où transpire Lautre.